Le Rêve Passe ...

Les soldats sont là-bas endormis sur la plaine
Où le souffle du soir chante pour les bercer
La terre aux blés rasés parfume son haleine
La sentinelle au loin va d'un pas cadencé.
Soudain voici qu'au ciel des cavaliers sans ombre
Illuminent d'éclairs l'imprécise clarté !
Et le petit chapeau
Semble guider ces ombres
Vers l'immortalité
Les voyez-vous
Les hussards, les dragons, la Garde ?
Glorieux fous
D'Austerlitz que l'Aigle regarde,
Ceux de Kléber, de Marceau chantant la Victoire,
Géants de fer
S'en vont chevaucher la Gloire.
Mais le petit soldat
Voit s'assombrir le Rêve,
Il lui semble là-bas
Qu'un orage se lève;
L'hydre au casque pointu
Sournoisement s'avance
L'enfant s'éveille, ému...
Mais tout dort en silence...
Et dans son coeur le songe est revenu
Les canons,
Les clairons,
Écoutez !
Regardez !
Les voyez-vous
Les hussards, les dragons, la Garde ?
Ils saluent tous
L'Empereur qui les regarde.

Et dans un pays clair où la moisson se dore,
L'âme du petit bleu revoit un vieux clocher
Voici la maisonnette où celle qu'il adore
Attendant le retour, tient son regard penché...
Mais tout-à-coup, douleur !, il la voit plus lointaine
Un voile de terreur a couvert ses yeux bleus !
Encore les casques noirs
L'incendie... Et la haine !
Les voilà ! Ce sont eux !...
Les voyez-vous
Les hussards, les dragons, la Garde ?
Sombres hiboux
Entrainant la vierge hagarde !
Le vieux Strasbourg
Frémit sous ses cheveux de neige !
Mourez tambours
Voici le sanglant cortège !
Bientôt le jour vermeil
A l'horizon se lève,
On sonne le réveil
Et c'est encore le Rêve
Les Géants de l'an deux
Sont remplacés par d'autres
Et ces soldats joyeux,
France... ce sont les nôtres.
Blondes aimées, il faut sécher vos yeux !
Écoutez !
Regardez !
Vos amis
Les voici !
Les voyez-vous
Les hussards, les dragons, l'Armée ?
Ils mourront tous
Pour la nouvelle Épopée !
Fiers enfants
De la race
Sonnez aux champs !
Le rêve passe !